Blog des sérials learners

PORTRAIT ÉMOTIONNEL #2 Témoignage d’Émilie Legoff

ÉMOTIONS PARTAGÉES Témoignage de Emilie Legoff

Pour à la fois sensibiliser au rôle et à l’impact des émotions dans le travail mais aussi libérer la parole émotionnelle, Fullémo réalise un recueil de témoignages sincères et authentiques.

Il s’agit de répertorier les bonnes pratiques sous forme d’interviews écrites autour de six questions dont les réponses contribuent à l’éveil général.

Par ces partages d’expériences issues de tous types d’environnements, nous souhaitons diffuser des grilles de lecture, des manières d’aborder les situations qui peuvent résonner et inspirer nos lecteurs et ainsi favoriser leur épanouissement professionnel.

Emilie Legoff est Présidente de Troops et co-présidente de French Tech One Lyon St-Étienne.

Pour ceux qui la connaissent, vous ne serez pas surpris de lire que c’est dans les extrêmes qu’Emilie préfère vivre ses émotions !

Une interview vitaminée à laquelle Émilie se prête avec beaucoup de franchise, elle vous illustre notamment l’ascenseur émotionnel que vit l’entrepreneur, un véritable yoyo émotionnel au gré des évènements et décisions qui ponctuent sa journée.

Un grand merci pour ce moment de partage !

1. Comment définis-tu ton métier ?

Emilie Legoff : je suis Présidente de Troops, qui est une société d’édition de logiciel à destination des groupes d’intérim pour les aider à phygitaliser* leurs offres.

Je considère que mon métier consiste à gérer les hommes, la stratégie et les prises de risques de l’entreprise.

Commentaires de Mathilde Héliès : *la phygitalisation désigne un processus qui permet aux entreprises de combiner les avantages du réseau physique avec des fonctionnalités digitales

2. Quel est le sens que tu donnes à ton Job ?

Emilie Legoff : pour le secteur d’activité tout d’abord, c’est permettre de redonner plus de place à l’humain dans l’intérim.

Ensuite, mon job à moi dans l’entreprise c’est d’apporter du challenge, du bien-être, de la reconnaissance professionnelle à tous les collaborateurs qui sont dans l’entreprise. Il faut qu’ils puissent s’épanouir dans leur job.

3. Quels impacts ont tes émotions sur ton travail ?

Emilie Legoff : mon job c’est de ne pas les montrer en interne, d’être la plus stable possible.

En tant que chef d’entreprise pourtant il y a des jours où ça va super bien et d’autres non !

Je suis attentive à montrer de l’optimisme aux collaborateurs, clients et partenaires. Cet optimisme il est réel sur le moyen/ long terme mais au quotidien il faut apprendre à gérer, à maîtriser au mieux ses émotions.

Ce qui me fait avancer, ce qui me fait vibrer dans la vie, ce sont les émotions extrêmes c’est-à-dire les grandes émotions dans un sens comme dans l’autre. Évidemment c’est toujours plus agréable d’avoir des émotions positives (des impressions de réussites ou des réussites tout court) néanmoins pour les percevoir et se rendre compte qu’on a la chance de les vivre, on est aussi obligé de les vivre dans l’autre sens. C’est justement ce que je rencontre dans cette vie en tant que chef d’entreprise car les émotions sont décuplées par les prises de risques et les impacts de chaque décision ou évènement de la journée.

4. Raconte-moi une expérience dans laquelle tu t’es sentie dépassée par tes émotions (ou tu as craint d’être dépassée) ?

Emilie Legoff : sincèrement, cela m’arrive assez régulièrement car la pression s’accumule, le stress, parfois les mauvaises nouvelles, la fatigue… On peut aussi avoir des préoccupations personnelles. Ma plus grande crainte est de ne pas réussir à masquer mes émotions.

C’est très déstabilisant si je craque face aux collaborateurs dans la colère ou dans la tristesse par exemple car je suis censée les soutenir.

Je pense que ça ne se perçoit pas mais régulièrement, une fois par mois au moins, il m’arrive de devoir aller prendre l’air, aller marcher avant une réunion ou un rdv important.

Je n’ai pas de mal dire ce que je ressens, mais ce qui me fait peur c’est l’émotion qui ne me permettrait plus de communiquer. Mon rôle c’est d’amener le plus d’émotions positives donc d’évacuer les autres.

 

Je fais vraiment la différence entre avoir des émotions et les communiquer. C’est primordial les émotions, c’est un moteur et tout part de l’émotion.

On peut choisir celles qu’on fait ressortir ou pas plutôt que de se laisser porter par les émotions.

Si je vais parler à un client par exemple qui n’a pas été correct avec un de mes collaborateurs je vais prendre sur moi pour diminuer l’intensité de la colère mais pour autant c’est cette même colère qui va me permettre de résoudre le problème.

J’ai été marquée par une situation par exemple : c’était en 2014, je venais d’accoucher de mon 3ème enfant. 48h plus tard je devais aller à Paris pour une conférence de presse pour l’entrée en bourse de ma précédente société. Je n’avais pas trouvé de solution de garde pour mon fils, donc je suis partie avec lui à Paris. En arrivant, je me suis fait jeter par les financiers, des hommes, qui m’ont dit que « ça n’était pas une crèche et que je n’avais rien à faire ici avec mon fils ». J’aurais préféré entendre, « bravo, vous venez d’accoucher et maintenez quand même la conférence. »

J’étais très en colère car j’ai trouvé cela profondément injuste d’autant plus que le père était présent lui aussi, puisque mon ex-conjoint était aussi mon associé et lui n’a eu aucune remarque.

Je me suis sentie complètement dépassée : j’étais fatiguée, triste et j’ai été incapable de répondre à cette attaque. J’étais à la limite de pleurer et de m’effondrer.

Les femmes journalistes, elles, m’ont félicitée, ce sont les hommes qui ont été durs. Je suis allée respirer, prendre l’air avant, pour gérer ensuite correctement la conférence de presse

5. Quelles sont tes techniques pour rester confortable dans des situations qui t’impactent émotionnellement ?

Emilie Legoff : si je sens que mes émotions débordent je stoppe l’activité concernée, pour mettre de la distance en terme de temps, j’y reviens une heure plus tard, voire une semaine plus tard si c’est possible.

Quand je sens l’émotion monter, j’ai aussi tendance à écrire dans ma tête : quels sont les risques ? Qu’est-ce qui peut se passer concrètement ? Cela me permet d’objectiver les risques et finalement de me rendre compte qu’il n’y a rien qui soit insurmontable.

Je liste les pour et surtout les contre, je pars toujours du pire : si je ne réussis pas qu’est-ce qui peut se passer ? Du coup je cherche les solutions au cas où cela ne fonctionnerait pas. Cette technique m’aide à dédramatiser, à chercher des solutions, et donc à faire descendre les émotions et finalement à faire face.

6. Comment définis-tu l’épanouissement professionnel ?

Emilie Legoff : je considère que l’épanouissement professionnel n’existe plus c’est l’épanouissement tout court.

Pour s’épanouir professionnellement il faut que le professionnel s’imbrique très bien avec la vie privée.

Aujourd’hui, « réussir sa vie » ce n’est plus réussir sa vie professionnelle.

Donc il faut que la vie professionnelle réponde point par point aux besoins et aux valeurs de la personne. Pour répondre à nos besoins et valeurs il faut déjà bien les connaître. On vit une période top à ce sujet car on se pose des questions de plus en plus tôt, notamment celle de se demander ce qui va nous épanouir

 

Pour conclure, je pense qu’il ne faut pas craindre ses émotions mais apprendre à les dompter afin qu’elles permettent de décupler ce que l’on vit plutôt que de le freiner !

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !
Découvrir nos prestations de services